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Travaux de restauration de la chapelle

(c) Manuel Cohen - SMIDDEST

La restauration de la chapelle a commencé en octobre 2019 et doit prendre fin en avril 2021. Elle achève une vaste opération de travaux débutée en 2013 visant la restauration extérieure et intérieure du phare.


Actualités Cordouan

RAPPEL HISTORIQUE

Construite au tournant des 16e et 17e siècles par l'architecte et ingénieur Louis de Foix (v. 1535 - v. 1606), la chapelle est la pièce la plus riche du phare, tant du point de vue des décors que de sa portée symbolique. A l'origine, elle était la salle la plus élevée du phare. Seule la lanterne où brillait le feu la surplombait. Au 18e siècle, pour améliorer la portée du signal lumineux, l'ingénieur Joseph Teulère (1750-1824) réalise un tour de force technique en surélevant l'édifice de 18 mètres au-dessus de la chapelle, tout en conservant celle-ci intacte. Il obstrue néanmoins les fenêtres afin d'améliorer l'assise de l'exhaussement.

Elle est dédiée à la Vierge Marie. Un aumônier rattaché au couvent des Récollets de Royan (fondé en 1622) se rendait au phare en bateau les dimanches et jours fériés pour célébrer la messe quand la météo le permettait.

 

BREVE DESCRIPTION

La chapelle, couronnée d'une coupole à caisson, est richement ornée. Ses murs sont rythmés de pilastres coiffés de chapiteaux corinthiens et animés de riches guirlandes de feuilles et de fruits reliant les monogrammes d'Henri III et Henri IV, les deux rois à l'origine de la construction du phare. Le buste au-dessus de la porte d'entrée est celui de Louis de Foix. Un poème lui est dédié au-dessus. L'oculus central, faisant penser à un puits, a été réalisé au 18e siècle au moment de la surélévation du phare ; il servait à hisser à la corde les matériaux jusqu'à la lanterne, plutôt que de les acheminer à dos d'homme par les escaliers. Le sol de la chapelle a été refait au 19e siècle pendant une vaste campagne de restauration sous Napoléon III. Les vitraux datent aussi de cette période ainsi que l'autel (celui d'origine ayant été vendu à la Révolution avec le reste du mobilier de la chapelle).

 

TRAVAUX : ETUDE PREALABLE

Une phase d’étude a précédé le début du chantier. Elle a permis d'identifier différents problèmes liés à la composition des matériaux. Si aucun dysfonctionnement structurel n'est à déplorer, des blocs de pierre se sont révélés dans un mauvais état de conservation : ils présentaient des cassures, manques, creusements, etc., souvent provoqués par les sels. Ceux-ci sont apportés par l'environnement ambiant et surtout par le ciment contenu dans les joints. Ces joints en ciment ont été réalisés au 19e siècle et sont néfastes pour la conservation de la pierre. Peu poreux, ils bloquent la migration des sels et leur évaporation.

Plusieurs couches de peintures ont été identifiées. Faites à l'huile, ces peintures formaient une sorte de film étanche au-dessus de la pierre ; elles l'empêchaient de "respirer" et accéléraient sa dégradation. Friables, ces couches s'écaillaient, cloquaient et parfois tombaient, rendant illisibles le dernier décor. De plus, les couches accumulées de peinture sur les sculptures rendaient imperceptibles les détails et la qualité de celles-ci.  

(c) Manuel Cohen - SMIDDEST

La phase d'étude a aussi  permis de révéler la succession de trois types de décors depuis le 19e siècle :

  • Le plus ancien date vraisemblablement de la campagne de travaux de Napoléon III : les parements ainsi que le fond des caissons de la coupole étaient peints en jaune-ivoire tandis que les pilastres, les sculptures et les nervures de la coupole étaient bleu-vert pâle.
  • Le deuxième décor, que l'on date de la fin du 19e siècle, était dans les tons gris (caissons), gris clair (parements) et gris bleuté plus soutenu (pilastres et sculptures).
  • Le troisième décor pourrait dater de l'entre-deux-guerres : les parements et les fonds des caissons de la coupole étaient de ton ocre, les nervures des caissons étaient d'un bleu soutenu, les pilastres et les sculptures étaient gris. La datation précise de ces décors reste à confirmer. Aucune trace de décors antérieurs au 19e siècle n'a malheureusement été retrouvée.

 

PROJET DE RESTAURATION

En raison de la dégradation avancée des décors, de l'étanchéité de la peinture et de l'empâtement de matière sur les sculptures, il a été décidé de purger la chapelle des peintures à l'huile et des joints ciment, de nettoyer les parements et de  traiter les infestations microbiologiques. Les joints seront refaits à base de mortier de chaux, les pierres dégradées seront remplacées et un badigeon final (du ton de la pierre) sera appliqué pour protéger les murs.   

Sur le phare, les parties les plus dégradées du monument, à l'intérieur comme à l'extérieur, sont celles exposées à l'est. A l'abri des vents dominants venant d'ouest, les sels se déposent sur les parements est qui ne sont pas (ou peu) rincés par l'eau de pluie ; ils restent sur les parements, sèchent et rongent progressivement la pierre.

 

DECOUVERTES ET MYSTERES

Le chantier a permis de faire plusieurs découvertes.

Une fois les couches de peinture retirées, des détails de la sculpture rendus jusque-là invisibles par les couches de peinture ont révélé la grande qualité de l'ouvrage (des têtes de lions). Certains éléments sculptés avaient visiblement été remplacés (par exemple, les yeux de certains personnages). Des graffitis ont été découverts sur la corniche: des noms (sans doute de maçons ou de peintres) et des dates y sont inscrits (1880, 1900, 1919). Il est possible qu'un blason ait été rapporté de l'extérieur et ajouté dans la chapelle au 18e siècle par Teulère quand celui-ci a démonté la partie supérieure du premier phare.


LOGISTIQUE DES TRAVAUX

Organiser un chantier à Cordouan n’est pas simple ! Réalisés hors saison touristique, d’octobre à mars, ces travaux en pleine mer se déroulent dans des conditions extrêmes.

Les ouvriers travaillent et logent sur place pendant les campagnes d’hiver, ne retrouvant la terre ferme que le week-end. Maçons, sculpteurs, tailleurs de pierre, restaurateurs de décor peint ; ce sont en moyenne 6 personnes qui travaillent en même temps sur le site. Le matériel - outils, échafaudage, pierres… - est acheminé en bateau ou en hélicoptère.

(c) SMIDDEST

COVID 19         

Les travaux ont cessé pendant toute la durée du confinement liée à l'épidémie de COVID-19. La reprise du chantier a fait l'objet de mesures sanitaires strictes : le nombre de compagnons et ouvriers autorisés à travailler et loger sur place a ainsi été divisé par deux. Cela a engendré un retard dans la poursuite du chantier, sans que l’on connaisse encore les répercussions sur le calendrier de fin de travaux.